Les gens de La Malbaie s'étaient groupés pour paver la route en bordure du fleuve et construire le pont sur la rivière Malbaie.
L'hiver arrivant et ne réussissant pas à monter les chevalets et les travées du pont, le charpentier engagea des hommes pour se faire aider. Mais la mésentente se mettant de la partie, les travailleurs quittèrent les lieux.
Reconnu pour son mauvais caractère, le charpentier maudissait son entreprise quand il vit arriver un étranger qui s'offrit à construire le pont. Il ne demandait pas de salaire; mais en retour, il exigeait que l'âme du premier être à traverser le pont lui appartienne.
L'inconnu revint alors avec ses travailleurs qui se mirent à l'ouvrage et quinze jours après, les habitants apprenaient que le pont était terminé.
Voici alors ce qui arriva. L'épouse du menuisier, remarquant que son mari devenait de plus en plus songeur à mesure que la construction avançait, décida d'agir seule. Lorsque le jour de l'ouverture du pont fut venu, l'étranger arriva et s'assit à un bout du pont avec son chat noir, attendant que le premier être passe. L'épouse, cachée à l'autre bout avec son chien, n'eut aucune peine à le faire bondir en avant lorsqu'il aperçut le chat. Le diable, réalisant qu'il ne récolterait que l'âme d'un chien, se précipita à l'eau et disparut. Depuis, on a l'habitude de dire que la femme est plus rusée que le diable.
Jean-Claude Dupont, Légendes
de
l'Amérique française
©
J.C. Dupont, 1985.